Ce texte aborde un temps logique souvent méconnu : celui où le lien est encore là, mais ne fait plus appui pour le sujet.
Avant toute séparation manifeste, quelque chose s’est déjà déplacé dans l’économie du lien.
Mettre des mots sur cet entre-deux permet que la séparation, si elle advient, ne soit pas seulement agie, mais pensée.
Il arrive que l’on ne se sépare pas encore, mais que quelque chose ait déjà changé.
Le lien est toujours là, pourtant il ne soutient plus de la même manière.
Ce n’est pas une rupture, ni une décision claire. C’est un temps flou, souvent silencieux, fait de fatigue, de lassitude, d’un sentiment diffus que « quelque chose ne va plus ».
On ne parle pas de séparation.
On parle d’ennui, d’épuisement, parfois d’une dépression discrète.
La relation continue, mais elle n’offre plus le même appui.
C’est souvent dans ce moment qu’une thérapie de couple commence, non pour se séparer, mais pour comprendre ce qui ne circule plus, ce qui s’est déplacé dans le lien.
On reste, tout en se détachant.
Rompre n’est pas encore possible.
Rester n’est déjà plus évident.
Lorsque ce temps n’est pas pensé, la séparation survient souvent dans la précipitation ou se répète ailleurs.
Lorsqu’il peut être traversé avec des mots, seul ou à deux, elle prend une autre forme.
La séparation ne commence jamais le jour où l’on se quitte.
Elle commence le jour où le lien cesse de faire lien.
Note personnelle
Ce texte est né de moments où un lien ne tient plus sans que l’on puisse encore s’en séparer.
L’écrire, c’est tenter de ne pas laisser ce temps agir seul.
La suite portera sur ce qui se joue après : ce qui reste, ce qui manque, et ce qui se répète lorsque ce temps n’a pas pu être traversé.
