L’après de la rupture
Sur le vertige qui accompagne la rupture, quand les repères disparaissent.

Partir n’est pas d’abord une décision. C’est un moment où l’appui lâche.
Quelque chose ne tient plus.
Pas encore autre chose.
Juste cela : ça ne tient plus.
Ce n’est pas seulement quitter quelqu’un, ni rompre un lien.
C’est perdre ce sur quoi on s’appuyait sans le savoir.
Ce qui portait ne porte plus. Le sol se dérobe. Le vide apparaît.
Le vide est angoissant.
Plus d’appui.
Plus de repères.
Plus de garanties.
Plus d’anticipation.
Le corps le sait avant la pensée. La tête cherche, mais ne trouve rien où s’accrocher.
Il n’y a pas encore de mots. Pas encore de récit.
Seulement cette sensation : ne plus être soutenu.
Le vertige n’est pas la peur de tomber.
C’est l’absence d’appui. Il ne vient pas toujours avant l’acte.
Parfois il vient après. Quand le geste est fait, et que rien ne tient à sa place.
Ce qui est le plus difficile, ce n’est pas de partir.
C’est de ne plus savoir sur quoi se poser.
On voudrait aller vite.
Remplir.
S’appuyer ailleurs.
Retrouver un sens, un lien, une certitude.
Mais le vide ne se comble pas.
Il se traverse.
Tant qu’aucun appui nouveau ne peut se dire, le sujet reste suspendu.
Ce n’est pas encore une séparation.
C’est un entre-deux instable, où l’on ne sait plus très bien qui l’on est, parce que ce qui soutenait l’existence a disparu.
Ce moment est rarement reconnu.
On le recouvre de raisons.
On l’habille de décisions.
On le transforme en explication.
Mais cliniquement, c’est autre chose qui se joue.
Une séparation ne devient psychique que si le sujet peut, un jour, dire quelque chose de ce moment sans appui.
Non pour le supprimer.
Non pour l’expliquer.
Mais pour qu’il cesse d’être le seul lieu où il tient.
Le vide ne se comble pas.
Il ouvre un temps.
Un temps sans appui.