Le choc d’être quitté

Sur ce qui s’effondre pour celui qui est quitté au moment même de la rupture.

« Être quitté, c’est rester là où l’autre est déjà parti. »

Le choc d’être quitté

Quand le sol s’effondre

Sur ce qui s’effondre pour celui qui est quitté, au moment même de la rupture.

Rester là où l’autre n’est déjà plus.

Être quitté n’est pas d’abord une perte.

C’est un choc.

Comme un tremblement de terre, non pas parce que tout disparaît, mais parce que ce qui tenait ne tient plus.

Il y a un instant de sidération.

Rien ne s’organise encore.

Aucune question ne tient.

Aucune réponse n’est possible.

Ce qui fait le plus de violence, ce n’est pas encore l’absence, mais cette impossibilité de penser ce qui vient d’arriver.

La rupture ne se vit pas comme un acte, mais comme un événement.

Quelque chose survient de l’extérieur, sans préparation, sans temps pour s’y tenir.

Un avant et un après, sans passage entre les deux.

Ce qui tenait semblait encore tenir.

Le lien existait.

La continuité faisait appui.

Et soudain, plus rien.

Ce n’est pas seulement perdre l’autre.

C’est perdre ce qui semblait partagé.

Perdre la scène commune.

Perdre l’évidence du lien.

Le sujet n’a rien fait.

Il n’a pas choisi.

Il n’a pas agi.

Il est laissé là, avec ce qui n’a pas été dit, avec ce qui n’a pas été anticipé.

Le sol ne se dérobe pas progressivement.

Il s’effondre.

Ce n’est pas un vide à traverser.

C’est une chute.

Le temps du quitté n’est pas encore celui de l’élaboration.

C’est un temps de sidération prolongée, où l’on reste accroché à ce qui n’est plus.

Les questions arrivent trop tôt.

Pourquoi.

Comment.

Depuis quand.

Elles n’ont pas encore de place.

Il faudra du temps pour que la perte devienne séparation.

Pour que l’absence cesse d’être un arrachement et commence à faire histoire.

Mais au moment de la rupture, il n’y a pas encore de travail psychique.

Il y a un choc.

Une chute.

Un sol qui ne tient plus.

Être quitté, c’est rester là où l’autre est déjà parti.

Lorsque le choc ne trouve pas de mots, un lieu peut parfois permettre qu’il se dépose et commence à se dire.

Lire aussi :

• Épisode 1 — L’avant-séparation

• Épisode 2 — Les croyances

• Épisode 3 — Le contrôle intérieur

• Épisode 4 — Le vertige de partir