Un temps discret où le lien cesse de faire lien

Il existe, avant toute rupture décidée, une zone clinique que l’on sous-estime souvent. La relation continue, mais l’appui qu’elle fournissait s’est modifié, et la personne en ressent les effets sans pouvoir encore les nommer. Ce texte s’adresse à celles et ceux qui traversent ce moment, et qui hésitent à lui donner un nom parce qu’il ne ressemble pour l’instant à rien d’identifiable.

Couple silencieux dans une pièce, métaphore de l'avant-séparation

Il arrive que l’on ne se sépare pas encore, mais que quelque chose ait déjà changé.

Le lien est toujours là, pourtant il ne soutient plus de la même manière.

Ce n’est pas une rupture, ni une décision claire.

C’est un temps flou, souvent silencieux, fait de fatigue, de lassitude, d’un sentiment diffus que « quelque chose ne va plus ».

Quand la lassitude dans le couple s’installe

On ne parle pas de séparation.

On parle d’ennui, d’épuisement, parfois d’une dépression discrète.

La relation continue, mais elle n’offre plus le même appui.

C’est souvent dans ce moment qu’une thérapie de couple commence, non pour se séparer, mais pour comprendre ce qui ne circule plus, ce qui s’est déplacé dans le lien.

Rester, tout en se détachant

On reste, tout en se détachant.

Rompre n’est pas encore possible.

Rester n’est déjà plus évident.

Lorsque ce temps n’est pas pensé, la séparation survient souvent dans la précipitation ou se répète ailleurs.

Lorsqu’il peut être dit, seul ou à deux, elle prend une autre forme.

La séparation ne commence jamais le jour où l’on se quitte.

Elle commence le jour où le lien cesse de faire lien.

Ce texte est né de moments où un lien ne tient plus sans que l’on puisse encore s’en séparer.

L’écrire, c’est tenter de ne pas laisser ce temps agir seul.

Qu’est-ce qui, dans le lien, a cessé de soutenir le sujet, sans qu’il sache encore le dire ?

Que redoute le sujet, s’il donnait enfin un nom à ce temps flou ?

En consultation, ce temps arrive souvent bien avant la question de la séparation. Quelqu’un vient parler d’une fatigue, d’un sentiment confus, d’une humeur qu’il n’arrive pas à situer. La relation tient encore, mais l’appui qu’elle offrait s’est modifié, et c’est à partir de ce déplacement qu’un travail peut commencer. Un travail analytique permet d’entendre ce qui s’est transformé dans le lien, de comprendre ce qui a été peu à peu recouvert par l’habitude, la lassitude ou le silence conjugal, et de retrouver une parole sans se précipiter vers une décision. Ce temps de parole peut se faire seul, ou à deux.

Ce temps flou ouvre souvent un travail, seul ou à deux. Ces pages prolongent la réflexion : a rupture et la séparation.

À lire aussi : Le vertige de partir (étape suivante) ; Quand le couple est soluble dans l’enfant

Si vous vous reconnaissez dans ce texte et souhaitez en parler, seul ou à deux, je vous reçois en cabinet à Paris ou en consultation visio. Vous pouvez me contacter pour un premier entretien.

Lemaire, J.-G. (1979). Le Couple, sa vie, sa mort. La structuration du couple humain. Paris : Payot, 1979.


Winnicott, D. W. (1960). « La théorie de la relation parent-nourrisson ». Processus de maturation chez l’enfant. Paris : Payot, 1970.


Freud, S. (1917). « Deuil et mélancolie ». Métapsychologie. Paris : Gallimard, 1968.