Quand même le plaisir devient une obligation

Il arrive que le plaisir cesse d’être un mouvement spontané pour devenir un objectif à atteindre, une ligne à cocher dans un emploi du temps. Ce texte explore ce moment de bascule, là où le bien-être annoncé se change en mission à remplir.

Aucune permission accordée.

À ceux pour qui même le plaisir attend un ordre.

Derrière le plaisir programmé se cache un ordre reçu plus tôt, hérité d’ailleurs. Tant qu’il obéit, le plaisir cesse d’être un mouvement pour devenir une tâche.

Un ordre s’exécute sans discussion.

Certains le reçoivent jusque dans leur repos.

Jusque dans leurs vacances.

Jusque dans le plaisir lui-même.

Le massage réservé devient une échéance.

Le week-end devient un programme à tenir.

Le dîner entre amis devient un rendez-vous à honorer coûte que coûte, sous peine de se juger soi-même défaillant.

On dit : il fallait bien que je me repose.

On dit : je devais en profiter, c’était les vacances.

On dit : je me suis obligé à y aller, ça me ferait du bien.

Le plaisir, dans ces phrases, arrive toujours escorté.

Quand l’injonction au bien-être remplace le plaisir

Le plaisir obéit à sa seule loi.

Il surgit à l’improviste, de son propre mouvement.

Quand il faut le prévoir, le justifier, l’inscrire quelque part avant de s’y autoriser, une autre logique a pris sa place.

Elle exige, sous un nom plus doux.

La difficulté à s’écouter : ce que le corps sait d’abord

On reconnaît la bascule dans le corps avant de l’entendre dans les mots.

Le repos qui devait apaiser laisse une fatigue nouvelle.

Le soulagement remplace la satisfaction.

Ce qui restait à faire a été fait. Le devoir seul y a pris part.

Est-ce encore du plaisir ?

La question se déplace.

Elle devient : pour qui, au juste, tout cela a été fait ?

Déposer les armes, c’est laisser le plaisir repartir seul.

Le plaisir en service commandé prend souvent racine dans une histoire où se reposer, ou se faire plaisir, exigeait une justification, une place dans un programme, une autorisation en bonne et due forme. Cette organisation s’est mise en place tôt, et elle continue d’agir à votre insu. Chaque moment de détente devient alors une tâche à accomplir plutôt qu’un mouvement à suivre.

En consultation, nous cherchons ensemble d’où vient cette exigence, et ce qu’elle protège encore aujourd’hui. L’enjeu consiste à s’abandonner librement, plutôt qu’à mieux planifier son plaisir. À mesure que cette exigence perd de sa nécessité, le plaisir cesse d’être un dû et redevient un mouvement propre.

Si ce texte a trouvé un écho en vous, et que vous souhaitez déposer ce qui, en vous, obéit encore à un ordre ancien, je reçois pour des séances à Paris 3e et en visio. psy-cabinet.fr

Pour aller plus loin
Freud, S. (1923). « Le Moi et le Ça ». Essais de psychanalyse. Paris : Payot, 1981.


Freud, S. (1930). Malaise dans la civilisation. Paris : PUF, 1971.


Winnicott, D. W. (1971). Jeu et réalité. L’espace potentiel. Paris : Gallimard, 1975.

Isabelle Cohen, psychanalyste
Faculté Libre de Psychanalyse. Cabinet à Paris 3e, Le Marais, et en visio.