Ce que le travail tenait debout en nous

L’angoisse de l’arrêt est un motif fréquent en consultation. Elle prend des formes concrètes : une inquiétude à l’approche des congés, un vertige le premier jour sans agenda, un ennui qui pèse une fois les obligations retirées. Ce texte propose un éclairage analytique sur ce que le cadre du travail tenait à distance.

On attend les vacances toute l’année. Puis le cadre du travail s’arrête, et quelque chose d’inattendu remonte.

Un emploi du temps. Un rôle à tenir. Des rendez-vous, des heures fixes.

L’angoisse de l’arrêt est un motif fréquent en consultation. Elle prend des formes concrètes : une inquiétude à l’approche des congés, un vertige le premier jour sans agenda, un ennui qui pèse une fois les obligations retirées. Ce texte propose un éclairage analytique sur ce que le cadre du travail tenait à distance.

On attend les vacances toute l’année. Puis le cadre du travail s’arrête, et quelque chose d’inattendu remonte.

Un emploi du temps. Un rôle à tenir. Des rendez-vous, des heures fixes.

On s’en plaint toute l’année.

Puis vient le moment où tout s’arrête.

Et quelque chose se dérobe.

Le cadre du travail, un mur porteur

Le cadre du travail fait plus qu’organiser les journées.

Il nous tient en place.

Il donne une forme aux heures, une raison de se lever, une réponse à la question de ce qu’on fait là.

C’est un mur porteur.

Il se fait oublier tant qu’il tient.

On le découvre le jour où il manque.

Le cadre protège d’autre chose que du désordre.

Quand il tombe, ce qu’il retenait apparaît.

Une angoisse sans objet. Un ennui qui pèse. Des questions rangées derrière l’agenda.

Le cadre rassure pour une raison précise.

Tant qu’il tient, il répond à notre place à ce qu’on préfère laisser de côté.

À quoi on sert. Ce qu’on veut. Ce qui compte, une fois les obligations retirées.

La structure occupe le terrain que ces questions réclament.

Le cadre organisait les journées. Il nous tenait aussi debout.

Pour certains, son absence est un soulagement.

Pour d’autres, un vertige.

Tout dépend de ce que le cadre tenait à distance.

Celui qui s’est appuyé sur sa fonction pour exister se retrouve, sans elle, devant une question nue : que reste-t-il quand on cesse de faire ?

À l’approche des vacances, l’angoisse de l’arrêt

Les vacances font remonter cette angoisse.

Elles retirent l’appui qui la tenait à distance.

Ce qui remonte attendait depuis longtemps, derrière la structure.

L’approche des vacances peut serrer la poitrine autant qu’elle réjouit.

Le repos promis s’accompagne d’un retrait.

On quitte le décor qui tenait le rôle.

Se tenir de l’intérieur

Tenir sans le cadre demande autre chose : trouver au-dedans ce que la structure tenait du dehors.

Retrouver cet appui prend du temps.

Et ce temps s’ouvre dans l’espace que la structure laissait plein.

On apprend alors à se tenir de l’intérieur.

Qu’est-ce qui s’est appuyé si tôt sur la fonction pour tenir le sujet debout ?

Pourquoi l’arrêt fait-il vertige au sujet, au moment précis où le repos devrait alléger ?

En consultation, cette inquiétude de l’arrêt revient souvent chez ceux que leur fonction tient debout. Un travail analytique permet d’entendre ce qui remonte à l’arrêt, de comprendre ce que le cadre tenait à distance, et de retrouver un appui qui tienne au-dedans.

Quand le cadre du travail tient lieu d’appui, son arrêt fait vertige. Ces pages prolongent la réflexion : le burn-out et la souffrance au travail, l’anxiété et l’angoisse.

À lire aussi : Vacances : ce qui se réveille quand on part (épisode suivant) ; Travailler pour ne pas s’arrêter ; Se reposer comme une punition

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Bleger, J. (1967). « Psychanalyse du cadre psychanalytique ». Crise, rupture et dépassement. Paris : Dunod, 1979.


Dejours, C. (1980). Travail, usure mentale. Essai de psychopathologie du travail. Paris : Bayard, 2000.


Winnicott, D. W. (1960). « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux self ». Processus de maturation chez l’enfant. Paris : Payot, 1970.