Ce qu’un lieu neuf laisse intact

La déception du retour est un motif fréquent en consultation. Elle prend des formes concrètes : un conflit laissé au bureau qui se rejoue à table, une angoisse qui remplit le vide des vacances, une fatigue de fond qui demeure une fois le corps reposé. Ce texte propose un éclairage analytique sur ce qu’un lieu neuf laisse intact.

On attend les vacances comme un remède. Puis on arrive, et quelque chose, à l’intérieur, reste au même endroit.

On attend les vacances comme un remède.

Toute l’année, on reporte sur elles ce qui pèse.

Le repos réparera. Le soleil réparera. L’ailleurs réparera.

C’est un espoir ancien. Un lieu neuf, une vie neuve.

Le fantasme est puissant parce qu’il soulage, un temps.

Le vide des vacances, et ce qui remonte

Puis on arrive.

Le décor change. Le ciel change.

Et quelque chose, à l’intérieur, reste au même endroit.

On avait rangé les affaires avec soin.

On avait oublié la valise la plus lourde.

Celle qu’on porte sans la voir, et qu’on emporte partout.

La déception du retour commence à l’arrivée

Ce qu’on fuit voyage dans le même avion.

Le conflit qu’on laissait au bureau se rejoue à table.

L’angoisse qu’on remplissait de travail trouve, dans le vide des vacances, tout l’espace pour parler.

La fatigue de fond demeure, une fois la fatigue de surface levée.

On change de pays. On garde son histoire.

Les mêmes questions attendent à l’arrivée, un peu plus nues, faute de tâches pour les couvrir.

L’agenda faisait diversion. Le calme lève la diversion.

La promesse tenait pourtant à une idée juste.

On a besoin de pause, de lenteur, de retrait.

Le repos a sa vérité. La réparation en a une autre.

Un lieu repose le corps. Ce qui se joue ailleurs demande un autre travail.

Ce qu’on attendait d’un lieu

La déception a une source précise.

On attendait d’un lieu qu’il fasse le travail d’une rencontre avec soi.

Le paysage se visite. Le rapport à soi se travaille.

On revient parfois plus las qu’au départ, parce que le vide a laissé remonter ce que l’agenda tenait à distance.

Certains reviennent apaisés. D’autres, plus lourds.

Tout dépend de ce que le repos a laissé venir.

On rêve d’un lieu où l’on serait enfin quelqu’un d’autre.

On y arrive, et on est soi, avec un beau paysage autour.

Ce qu’on emporte partout, on peut un jour le déposer.

Qu’est-ce qui s’est noué si tôt chez le sujet qu’il voyage partout avec lui, jusque dans un lieu neuf ?

Pourquoi le calme des vacances laisse-t-il remonter, chez le sujet, ce que l’agenda tenait à distance ?

En consultation, cette déception du retour revient souvent, quand le repos a reposé le corps sans apaiser le reste. Un travail analytique permet d’entendre ce qui revient, de comprendre ce qui se rejoue partout, et de retrouver un lieu où le déposer.

Ce qui revient partout relève souvent d’une répétition. Ces pages prolongent la réflexion : l’anxiété et l’angoisse, les répétitions relationnelles.

À lire aussi : Vacances : ce qui se réveille quand on part (épisode précédent) ; Vacances : L’ombre du retour (épisode suivant) ; Le plaisir en service commandé

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Freud, S. (1914). « Remémoration, répétition et élaboration ». La Technique psychanalytique. Paris : PUF, 1953.


Freud, S. (1936). « Un trouble de mémoire sur l’Acropole ». Résultats, idées, problèmes II. Paris : PUF, 1985.


Ferenczi, S. (1919). « Les névroses du dimanche ». Psychanalyse III. Œuvres complètes 1919-1926. Paris : Payot, 1974.