Ce que le premier cadre organise, et ce qu’il finit par exiger de l’autre

Mère ne regardant pas son enfant et sur son telephone

Tout commence par un regard.

Celui de la mère.

Un regard qui oriente, qui cadre, qui contient.

C’est lui qui fait les bords du monde avant que le sujet puisse les tenir lui-même.

C’est dans cet échange que le sujet s’organise.

Être regardé, c’est être inscrit dans le champ de l’autre. C’est être reconnu comme existant.

C’est recevoir, sans le savoir, une première réponse à la question : Suis-je réel ?

Quand ce regard est suffisamment ajusté, le cadre tient.

Quelque chose se referme. L’enfant peut se déposer à l’intérieur.

L’autre est accessible. La relation peut se stabiliser.

Si le regard se détourne, s’il est inconstant. Comment grandir ?

Le contenant ne se referme pas. Quelque chose fuit par les bords. L’enfant ne trouve pas où il est tenu.

Alors l’attention se porte vers ce qui échappe, vers ce qui ne se fixe pas. Parce que c’est là que tout se joue. Dans ce qui manque. Dans ce qui pourrait venir.

Alors quelque chose s’organise autour de ça.

Être en lien, c’est rester orienté vers un regard instable.

S’y ajuster. S’y accrocher. Guetter.

Et plus tard, retrouver cette même forme.

Pas la personne. La structure. Un lien qui ne répond pas complètement.

Un regard qui ne se pose jamais vraiment. L’instabilité devient la norme.

Elle organise la relation à l’autre.

Cette organisation ne disparaît pas. Elle se déplace. Dans les rencontres, dans les choix, dans la manière d’entrer en lien.

Toujours la même orientation : aller vers ce qui ne répond pas complètement, s’attacher à ce qui reste incertain.

Non par hasard.

Par reconnaissance.

Quelque chose est familier.

Pas agréable, nécessairement. Familier.

Comme si l’enfant continuait, devenu adulte, de chercher les bords là où ils n’ont pas tenu.

La tension fait bord.

L’attente fait bord. L’instabilité elle-même devient un contenant…à défaut.

L’autre n’est pas rencontré.

Il est investi. Comme support, comme point d’accroche. Pour tenter, encore, de fabriquer ce qui ne s’est pas inscrit.

Le manque de cadre est un abîme qui était là avant la rencontre.

Demander au regard de celui qu’on rencontre aujourd’hui de faire ce cadre, c’est lui réclamer une fonction qui lui est étrangère.

C’est exiger d’un autre qu’il comble un vide qui le précède.

L’autre n’est pas un cadre.

L’autre n’est pas une fonction.

Il ne doit pas le devenir.

Le mouvement ne s’arrête pas par décision.

Parce que ce n’est pas l’autre qui est en jeu.

C’est une forme.

Une manière d’être en lien organisée très tôt, silencieusement, et qui continue de se rejouer, sans qu’on le choisisse, sans qu’on le sache toujours.

Jusqu’à ce que quelque chose se déplace.

Non pas dans l’autre.

Dans la position du sujet. Ce déplacement ne vient pas d’une décision.

Il vient d’un travail. D’un endroit où quelque chose a pu être dit, entendu, reconnu pour ce que c’est.

Ne plus chercher là où ça ne répond pas.

Ne plus s’orienter vers l’instable.

Cesser de demander à chaque autre qu’il fasse le cadre qui n’a pas tenu.

Supporter qu’un lien tienne sans qu’on l’oblige à contenir.

Et ce que cela implique : tolérer qu’on soit vu. Sans disparaître.

Sans se défaire. Être là, sans surveiller la relation. Juste là.

Apprendre à être son propre cadre, c’est exister en tant que personne. L’autre peut ainsi être aimé pour ce qu’il est.

Juste lui.


Qu’a-t-il fallu organiser, très tôt, pour qu’un regard instable devienne un appui ?

Que demande-t-on à l’autre, sans le savoir, quand on lui demande d’être ce regard ?

En consultation, ce mouvement émerge souvent à travers des répétitions relationnelles tenaces, une attente qui ne se résorbe pas, une difficulté à supporter qu’un lien se fixe. Un travail analytique permet d’approcher ce qui s’est organisé autour du manque, de comprendre ce que cette organisation a rendu nécessaire, et de retrouver une position dans le lien qui n’exige plus de l’autre qu’il fasse cadre.

Si vous vous reconnaissez dans ce texte et souhaitez en parler, je vous reçois en cabinet à Paris ou en consultation vidéo.

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