Ce qu’une croyance décide avant nous

Beaucoup de choix apparents se racontent avec assurance, sans qu’aucun doute ne vienne troubler le récit. Un métier, un partenaire, une manière de vivre : on les présente comme choisis, alors qu’ils se sont parfois installés sans le moindre arbitrage. Le texte qui suit décrit ce mécanisme de l’intérieur. Il s’adresse à ceux qui se reconnaîtront, et à ceux qui voudraient comprendre ce que vivent les personnes qu’ils aiment.

Une serie de portes comme une serie de choix
Un couloir des portes comme des choix

On croit avoir choisi sa route.

Un métier, un partenaire, une manière de vivre.

On raconte ce choix avec assurance.

Rien, dans le récit, n’appelle la contradiction.

Un choix suppose un arbitrage.

Plusieurs routes visibles en même temps.

Pesées, comparées, avant qu’une seule ne soit prise.

Beaucoup de choix apparents se sont construits sans cet arbitrage.

Une croyance ancienne a déjà retracé la carte.

Longtemps avant qu’on ait eu l’occasion de la consulter.

Ce qu’on appelle croyances limitantes

Je ne suis pas fait pour ça.

Les gens comme moi ne font pas ce métier.

Dans ma famille, on ne réussit pas ce genre de choses.

Ces phrases referment des routes entières.

Avant même que le voyage ait commencé.

On appelle choix la route restée seule, une fois la carte repliée.

Cette route peut convenir.

Elle peut même correspondre, par chance, à ce qu’on aurait désiré si la carte entière avait pu être consultée.

Mais ce n’était pas un choix.

C’était la seule route qu’il restait à prendre.

Ce que ce texte décrit relève d’une croyance transmise tôt, parfois sur plusieurs générations, sans qu’aucun mot ne la formule jamais complètement. Elle referme certaines routes bien avant l’âge où l’on pourrait les envisager, et elle continue d’agir longtemps après, sous la forme d’une évidence qu’on ne songe plus à questionner.

Le travail analytique ne remplace pas une route par une autre. Il cherche quelles routes la croyance a fermées, depuis quand, et pour qui elles ont été fermées en premier lieu. Ce qui se construit ensuite, lentement, est la possibilité de reprendre la carte, et de la déplier soi-même.

Les croyances qui décident avant nous se transmettent souvent d’une génération à l’autre. Ces pages prolongent la réflexion : mieux se comprendre, les conflits et secrets de famille.

À lire aussi : Les croyances, nos maisons intérieures ; Ce que choisir nous enlève ; La projection parentale

Si ce texte a trouvé un écho en vous, et que vous souhaitez déposer ce qui, en vous, se rend indispensable pour ne pas disparaître, je reçois pour des séances à Paris 3e et en visio. psy-cabinet.fr


Freud, S. (1920). « Au-delà du principe de plaisir ». Essais de psychanalyse. Paris : Payot, 1981.


Kaës, R. et al. (1993). Transmission de la vie psychique entre générations. Paris : Dunod, 1993.


Gaulejac, V. de (1987). La Névrose de classe. Paris : Hommes et Groupes, 1987.

Isabelle Cohen, psychanalyste
Faculté Libre de Psychanalyse. Cabinet à Paris 3e, Le Marais, et en visio.